De la mi-juin aux premiers jours d'août il n'y a pas de nuit, et les travaux ou les marches peuvent se poursuivre sans interruption; par contre, en hiver, il n'y a guère qu'un peu plus de 4 heures de jour dans les 24 heures; le reste du temps, on est illuminé par l'éclat d'une chandelle à l'intérieur, des étoiles et de la neige au dehors.
Voici maintenant quelques détails sur la manière de travailler les placers du Klondyke; il est évident que la nature du climat et l'éloignement des lieux suffisent à eux seuls pour fixer le caractère et les conditions d'exploitation des claims. D'abord quant à la façon de jalonner un claim: le prospecteur mesure 250 pieds (autrefois c'étaient 500 pieds) dans la direction de la vallée; la largeur en est déterminée par les bancs du ruisseau, de telle sorte que le claim court d'une base à l'autre des collines ou des montagnes le long d'une ligne imaginaire aérienne à trois pieds au-dessus du niveau de l'eau. S'il n'y a pas encore de claims jalonnés sur ce creek, le claim est connu sous le nom de «découverte», et le piquet porte le nº 0. Le claim suivant jalonné en amont est marqué nº 1, et s'appelle nº 1 au-dessus; celui à côté du nº 0, en aval, est aussi marqué nº 1, mais est nommé nº 1 au-dessous, et ainsi de suite. Il ne peut donc y avoir deux claims avec le même numéro sur chaque creek (ruisseau). Un claim situé à une distance de moins de 15 kilomètres du bureau du commissaire de l'or doit être enregistré dans les trois jours qui suivent sa location, et si c'est une «découverte», la preuve doit être fournie par la présentation de l'or qu'on y a trouvé. Un jour additionnel est accordé par chaque 15 kilomètres de distance du bureau. Le droit d'enregistrement d'un claim est de 15 dollars. Une taxe de 10 pour 100 sur l'or miné est levée par des officiers nommés à cet effet.
Dès que le prospecteur a piqueté un claim, il fait une épreuve expérimentale au pan. Cela peut donner très peu d'abord, mais si l'on considère que du gravier livrant 5 sous d'or au pan est une quantité payante, on verra que l'étalon du mineur n'est pas si élevé, après tout.
M. Ogilvie dit: «Quant à la quantité qui donne des résultats satisfaisants, on considère que 10 sous le pan avec une épaisseur de 3 ou 4 pieds de gravier aurifère est une affaire excellente.»
Après qu'on s'est ainsi assuré que le claim vaut la peine d'être travaillé, il faut préparer les boîtes à laver (sluice-boxes). Au Klondyke, cet article est fort rare et fort cher, si on se le procure à la scierie. Le mineur industrieux abattra lui-même assez d'arbres pour se faire les planches nécessaires à la construction des boîtes. Les boîtes ainsi obtenues sont mises en position et tout est prêt pour l'opération du lavage, mais il faut maintenant jeter le gravier aurifère, qui repose toujours sur le bed rock; or le plus souvent une autre couche de gravier (celui-ci non aurifère) existe entre la couche payante et la surface. Il arrive quelquefois qu'il faut enlever dix ou quinze mètres de terrain avant d'atteindre l'aurifère. Comme il serait trop long et coûteux de déplacer cette tranche improductive, on fore des puits jusqu'au fond du gravier, et on perce des galeries souterraines le long de la couche payante. Le moyen dont on se sert est intéressant, vu que c'est en hiver seulement qu'on peut l'employer: en effet, pendant l'été, et jusqu'à la fonte des neiges, la surface est couverte de torrents bourbeux. Plus tard, la neige étant partie, les sources commencent à geler, les courants se dessèchent et bientôt toute la masse de la surface jusqu'au lit de roche est congelée solidement; c'est alors qu'il est possible de pénétrer à l'intérieur du sol en faisant des feux sur l'aire où l'on veut creuser et en maintenant ces feux allumés pendant plusieurs heures. Au bout de ce temps, le terrain se sera dégelé et amolli à une profondeur de six pouces peut-être. On enlève cette tranche aisément; un autre feu est allumé sur le même emplacement et ainsi de suite jusqu'à ce que le gravier aurifère soit atteint. Quand le puits est foré à cette profondeur, des galeries sont ouvertes dans plusieurs directions, toujours au moyen des feux. Le sautage à la mine n'aurait pas d'effet à cause de la dureté du terrain. Le gravier contenant l'or est sorti des galeries au moyen de treuils établis à l'ouverture du puits et mis en tas jusqu'en été, c'est-à-dire jusqu'au moment où les torrents recommencent à couler; alors il est jeté à la pelle dans les sluices-boxes et lavé.
Pour les claims de bancs ou de collines où l'eau est très rare, il faut faire usage du rocker (berceuse), qui est une simple boîte longue d'un mètre et un peu moins large, faite de deux compartiments posés l'un sur l'autre. Le supérieur étant très peu haut, ayant pour fond une feuille de tôle percée de trous d'un centimètre et demi de diamètre, l'inférieur contient un plan incliné à peu près au milieu de sa hauteur et sur lequel est une épaisse couverture de laine. L'appareil est monté sur deux morceaux de bois en arc de cercle ressemblant à ceux d'un berceau. Quand on veut en faire usage, on le pose sur une couple de grosses branches ou planches, afin qu'il soit balancé aisément. Pour s'en servir, il faut creuser un trou dans lequel une quantité suffisante d'eau s'amasse, puis le mineur trie et met de côté les cailloux et le gros gravier, rassemblant en un tas le fin gravier et le sable près du rocher. Il en remplit la boîte supérieure, et imprime d'une main le mouvement de balancement au rocker, tandis que de l'autre il arrose copieusement le gravier. Les petits fragments passent à travers les trous dans le compartiment du dessous, sur la couverture, qui arrête et retient les fines particules d'or, tandis que les sables et la terre roulent par-dessus et tombent au fond sur le plan incliné de la boîte, de manière que cette matière sans valeur est rejetée à l'extérieur.
En travers du fond de la boîte sont fixées de minces baguettes le long desquelles on place du mercure qui s'amalgame à l'or ayant glissé de la couverture. Si l'or est en pépites, les plus larges restent dans le compartiment supérieur, leur poids les retenant jusqu'à ce que la matière plus légère ait passé outre, et les plus petites sont retenues par une baguette placée à l'extrémité extérieure du fond de la boîte. La couverture est sortie de temps à autre et rincée dans un tonneau. Si l'or est fin, on met du mercure au fond du baril pour qu'il puisse s'amalgamer à l'or.
L'usage des «boîtes à laver» (sluices) est préféré, quand il y a ample provision d'eau avec une chute suffisante.
Des planches sont assemblées de façon à former une boîte de dimensions convenables, soit d'environ 2 mètres de long, 50 centimètres de large et 30 de haut. Des baguettes sont fixées en travers du fond à intervalles réguliers, ou bien encore des trous ne traversant pas la planche sont pratiqués dans le fond et disposés de telle sorte qu'une parcelle d'or voyageant en ligne droite ne pourrait manquer de se loger dans un de ces trous. Plusieurs de ces boîtes sont mises en place, s'emboîtant l'une dans l'autre, et inclinées. Un courant d'eau est alors dirigé dans la boîte supérieure; puis le gravier amassé tout près des boîtes est jeté par pelletées dans la boîte supérieure, et est lavé par l'eau courante.
L'or est retenu par son poids et arrêté par les baguettes ou les trous mentionnés plus haut. S'il est fin, on place du mercure dans la boîte pour le saisir. De cette façon on peut dans le même temps laver trois fois plus de gravier qu'avec le rocker, et par conséquent on recueille trois fois plus d'or.