La forme longitudinale du Japon, et la chaîne de montagnes qui le traverse du sud au nord, fait que ce pays présente dans toute son étendue deux versants à peu près partout également orientés, l’un à l’ouest, l’autre à l’est. Le versant oriental, c’est-à-dire celui qui fait face au Pacifique, semble à bien des égards avoir été privilégié.

Le berceau de la civilisation a été établi sur ce versant oriental au VIIe siècle avant notre ère; les deux capitales, Miyako et Yédo, les cités les plus opulentes, Oho-saka, Kama-kura, Mito, Sira-kawa, Ni-hon-matu, Sen-dai, etc., y ont été fondées; le Tô-kai-dau, «la Voie de la mer de l’Est», cette grande route stratégique créée par Taï-kau Sama, pour assurer sa suprématie sur les princes féodaux de l’empire, et qui est devenue l’artère principale de la vie politique, industrielle et commerciale des Japonais, a été également construite sur le flanc oriental du Nippon. Les mines d’or et d’argent [les plus riches] du pays paraissent aussi situées du même côté, à l’exception cependant des mines de Tazima dont l’importance serait, dit-on, considérable, si elles étaient convenablement exploitées.

Avant de terminer ce rapide exposé, vous me permettrez d’ajouter quelques détails descriptifs relativement à la géographie des îles du Japon. Ces détails vous seront utiles pour vous familiariser avec des dénominations topographiques, que nous retrouverons sans cesse dans le cours de nos études.

L’archipel japonais se compose de trois grandes îles et d’un nombre considérable de petites îles et d’îlots que j’ai évalué tout à l’heure, d’après les statistiques les plus récentes, à 3,850.

La principale des trois grandes îles, appelée Nippon «Soleil Levant», a donné son nom à l’archipel tout entier. C’est de ce nom, prononcé en Chine Jih-pœn, que vient la désignation européenne de Japon. D’autres noms sont employés dans la littérature, et surtout en poésie, pour désigner cette grande île et en même temps le Japon en général. Parmi ces noms, je me bornerai à vous mentionner les suivants: Hi-no moto, synonyme, en dialecte indigène, du nom chinois d’origine Nippon;—Yamato «le Pied des Montagnes», nom d’une des provinces où s’était établie la cour des mikados;—Ya-sima «les Huit Iles[23]»;—Ya-koku «la Vallée du Soleil», nom emprunté à une ancienne légende chinoise;—Fu-sau koku «le Pays des Mûriers», autre nom légendaire chinois, dans lequel quelques savants ont cru voir une ancienne appellation de l’Amérique, etc.[24].

Les deux autres grandes îles se nomment: Si-koku «les Quatre Provinces», et Kiu-siu «les Neuf Arrondissements». Cette dernière île n’est séparée du Nippon que par un détroit d’une demi-lieue de largeur.

Les fleuves qui baignent le Japon ont tous un cours peu étendu, résultant de la configuration même de ce pays. Quelques uns, cependant, comme la Tamise en Angleterre, s’ils n’ont point de longueur, sont larges et profonds à leur embouchure. La capitale est traversée par l’Oho-gawa, ou «grand fleuve», qui sépare la ville proprement dite de ses faubourgs, et sur lequel on a construit cinq ponts, dont plusieurs présentent une architecture remarquable. L’Oho-basi, ou «grand pont», mesure environ 320 mètres. Le Yodo-gawa, qui coule à Ohosaka, est également traversé par plusieurs beaux ponts construits en bois de cèdre.

Parmi les lacs du Japon, il en est un qui, par son étendue et les facilités de communications qu’il assure aux populations riveraines, mérite une mention particulière. C’est le Biwa-ko, ou «lac de la Guitare», situé dans l’ancienne province d’Omi. Suivant une légende accréditée dans le pays, cette petite mer intérieure aurait été formée en une nuit, à la suite d’un grand tremblement de terre qui produisit un affaissement du sol et creusa le lit qu’elle occupe aujourd’hui, en même temps que s’élevait la gigantesque montagne sacrée du Fouzi.

Isolés pendant de longs siècles du reste du monde, les Japonais se sont vus dans la nécessité de donner un grand développement à l’agriculture et à l’industrie, afin de s’assurer dans leur archipel les moyens d’existence qu’ils ne pouvaient tirer d’ailleurs. Cet archipel n’est pas, comme certaines contrées favorisées de l’Asie Méridionale, d’une grande fertilité naturelle. L’activité intelligente, le travail opiniâtre de ses habitants, ont su en faire une des régions les plus productives de l’Asie. Il faut dire que, grâce à sa configuration géographique, le Japon jouit, à ses diverses latitudes, des climats les plus variés. Tandis que, dans le nord, on y trouve les fourrures et les essences de la Norvège; dans le midi, le sol produit les végétaux les plus précieux de la flore tropicale. Aux îles Loutchou[25], on cultive avec succès la canne à sucre, le bananier, le cocotier, l’oranger, l’ananas; le coton, l’indigo, le camphre y sont d’une qualité supérieure.

Dans la zone moyenne, où s’est développée surtout la civilisation japonaise, le climat tempéré est propre à la culture du riz qui constitue la base essentielle de la nourriture de la plupart des peuples de race Jaune, et à celle du bambou qui leur rend les services les plus variés pour la vie domestique[26]. L’arbre à vernis fournit à l’industrie indigène la laque incomparable du Japon, et une espèce de Broussonetia dont les fibres forment la matière première d’un papier d’une solidité remarquable. Le thé croît à peu près sans culture dans plusieurs provinces. Dans la région du nord enfin, le mûrier vient apporter un nouvel élément de richesse à la population des campagnes, en lui assurant les moyens de s’adonner sur une large échelle à l’éducation des vers à soie[27].