L’éditeur japonais de l’ouvrage que je viens de citer ajoute:
«Tant anciennement qu’aujourd’hui, l’encre provient de la capitale du Sud. Ceux qui la fabriquent avec le plus de succès, emploient du noir de fumée préparé à l’huile de lin pour la première qualité; ils y ajoutent du camphre et du musc. La qualité inférieure se prépare avec du noir de fumée de sapin.» L’encre dite de la Grande-Paix est fabriquée principalement à Ohosaka avec du noir de sapin; elle peut être employée pour l’impression.
Le papier japonais mérite également l’attention des fabricants européens, tant par la finesse de son grain, très favorable pour certaines impressions, notamment pour les épreuves de gravures en taille-douce, que par sa prodigieuse solidité. Cette dernière qualité l’a rendu propre à la fabrication de cordage d’une force de résistance peu commune. Il a été employé, au Japon, pour une foule d’usages, notamment pour la confection de vêtements d’hommes, de robes de dames, de parapluies et de parasols, de tentes de voyage, etc., etc.
La bijouterie, sans constituer une branche de commerce bien considérable, n’est pas sans importance dans les grandes villes du Nippon. La taille des pierres dures ne paraît pas avoir été connue des insulaires avant l’arrivée des Européens; et, de nos jours encore, c’est à peine si elle est répandue dans le pays. On trouve cependant, dans les livres indigènes, la mention de gemmes employées comme ornements à des époques fort reculées; mais on n’a pas encore étudié suffisamment l’histoire de l’ancienne bijouterie japonaise, pour pouvoir en parler avec quelque autorité.
Les objets d’or et d’argent ouvrés ne sont pas rares. Quelques-uns sont merveilleusement ornés. Les insulaires emploient aussi avec avantage une composition de divers métaux qu’ils nomment syaku-do, qui est susceptible de recevoir un beau poli et produit l’effet d’un émail.
Les perles fines[231] sont fort recherchées des dames. Elles forment un des ornements les plus appréciés de leurs épingles à cheveux ou de leurs boucles d’oreilles. C’est principalement sur les côtes d’Owari, d’Isé et de Satsouma, qu’on pêche l’huître qui renferme les perles fines. Dans le commerce, on en distingue deux espèces principales: les perles dites gemmes d’argent,[232] et les perles dites gemmes d’or[233]. Ces dernières surtout sont très prisées des amateurs, tant pour la pureté de leur eau que pour l’éclat de leurs reflets, d’un jaune légèrement rosé.
Enfin, il faut citer parmi les produits secondaires de l’industrie japonaise les miroirs[234], les éventails[235], les chapeaux de bambou[236], les parapluies et les parasols, etc.
Les Japonais sont parvenus d’eux-mêmes à de remarquables résultats, en ce qui touche la fonte des métaux. Aucun peuple ne les a surpassés dans la trempe de l’acier, et leurs lames les plus parfaites l’emportent sur les plus fameux produits de Solignen et de l’ancien Damas.
Tout le monde connaît les anciens bronzes japonais, si recherchés, aujourd’hui surtout, pour la décoration de nos appartements. On sait aussi qu’ils avaient inventé des procédés de patine que l’on est à peine arrivé à imiter en Europe d’une façon tout à fait satisfaisante.
Les Japonais se sont également distingués dans l’art de fabriquer les émaux, dont ils se servent soit pour revêtir des surfaces, soit pour imiter des pierres précieuses. Le plus souvent l’émail est employé sous la forme à laquelle on a donné le nom d’émail cloisonné. Les plus anciens émaux ne sont guère employés que pour servir de contour aux ornementations; il sont dessinés dans le goût chinois. Puis viennent les émaux à fonds bleus clair ou verts, avec des dessins plus savamment combinés représentant des fleurs, des oiseaux ou des quadrupèdes. La matière employée durant la période suivante est défectueuse, d’une grande porosité, et les tons sont mats et sans netteté. L’art de l’émailleur est en décadence au commencement de notre siècle. Enfin, une époque de renaissance coïncide avec l’ouverture des ports du Japon au commerce étranger. Au lieu de petits objets, tels que des grains de chapelets, des boutons, des gardes d’épées, on fabrique de larges plats, des vases de grande dimension, des objets de toutes sortes. Le fond est le plus souvent vert foncé. La qualité de la matière est supérieure, mais le dessin est devenu moins original, moins artistique.