— Mais, mon cher, je tombe des nues ! Comment, toi qui es si raisonnable, n’as-tu pas enrayé ? Tu pouvais vivre fort bien en dépensant moitié moins, que diable !
— Ah ! ce n’eût pas été long s’il ne se fût agi que de moi seul. Mais elle ! Qu’aurais-tu fait à ma place ? Moi je n’ai pas eu le courage de rien lui dire. C’était si bon de la voir heureuse, belle, élégante, et, surtout, sans soucis ! A présent, qu’est-ce que cela me fait d’être pauvre ! Au moins jusqu’à la fin, pas un ruban, pas une fleur ne lui a manqué, même sur son cercueil.
Et les larmes du malheureux coulèrent de nouveau.
— Mais, mon fils ! continua-t-il en les essuyant bientôt. Comment va-t-il s’en tirer ? comment traversera-t-il l’existence où il entre, n’ayant qu’un nom et les quatre murs d’un château pour toute fortune ?
— Les choses en sont là ?
— Mon Dieu, oui. J’espère sauver du naufrage de quoi donner à Guy une carrière. Il ne faut pas que le pauvre garçon m’en demande davantage.
— Mon cher, je ne te dirai qu’un mot. A l’occasion, n’oublie pas que je suis là.
— Sois tranquille, brave cœur que tu es ! D’ici à peu, je saurai à quoi m’en tenir. Je t’assure que je vais mener les choses rondement.
Sans perdre un jour, en effet, et, comme pour se distraire d’un chagrin par un autre, le comte se mit à la dure besogne qu’il avait devant lui. Aussi, dès les derniers mois de 1861, tout était terminé. De ce qui avait été une belle fortune, il restait le château fermé, confié à la garde du vieil Antoine et de sa femme, plus un maigre capital, suffisant néanmoins pour achever l’éducation du jeune homme.
Celui-ci atteignait alors sa quatorzième année.