C’était à Paris que le père et le fils devaient se rendre. La veille du départ, comme on chargeait sur un fourgon les caisses, peu nombreuses qu’ils emportaient avec eux, le comte dit au jeune homme :

— Il faut être en route avant le jour. Viens avec moi. Nous avons des visites d’adieu à faire.

— D’adieu, mon père ?

— Oui ; je sens que je ne rentrerai plus ici vivant. Que veux-tu, mon cher ! j’ai trop souffert depuis un an. Mais viens ! je n’aime pas les phrases, tu sais. Seulement, l’avenir qui s’ouvre devant toi est celui d’un homme obligé de gagner sa vie, et, sur cette route-là, on est parfois forcé d’aller loin. Si loin que tu ailles, n’oublie jamais ce que nous allons voir une dernière fois ensemble.

Guy suivit son père en silence. Arrivés devant la principale porte qui s’ouvrait dans la grande cour :

— Lis cette devise, dit le comte en étendant la main vers l’écusson sculpté dans le granit.

— Les fidelles ! prononça gravement le jeune homme.

— Sais-tu pourquoi ces deux mots sont là. Non ? Tu n’as jamais songé à le demander. L’histoire n’est pas longue. A la Mansourah, le roi saint Louis était serré de près par les Musulmans, lorsqu’un de nos ancêtres, accompagné de ses deux fils, survint fort à propos pour lui prêter main-forte. « Ah ! dit le roi, voici mes fidèles Vieuvicq. » C’est tout ce que nous y avons gagné ; mais cela, du moins, nous reste. Mon fils, sois un fidèle, partout et envers tous.

Ils passèrent ensuite à la façade opposée du château et arrivèrent sur la terrasse, dominant la rivière, que le brouillard d’automne cachait, laissant seulement monter le bruit de l’eau brisée entre les rochers.

— Tu sais l’histoire des deux enfants et du tonneau ?