— Elles m’intimident trop pour cela. Savez-vous, parmi toutes vos robes, laquelle je préfère ? Celle que vous aviez, un certain jour à Plounévez. Pauvre petite ! on ne l’a jamais revue.
— On la revit le lendemain, bien qu’on fût en pleine saison, à la veille du Concours hippique.
Guy eut un regard attendri.
— Comme vous êtes jolie aujourd’hui ! s’écria-t-il.
— Tiens ! fit-elle en riant, c’est la première fois que vous me le dites.
— Je vous le dis, parce que, aujourd’hui, vous êtes jolie pour moi. Est-ce que je me trompe ?
— Je me garderai bien de le prétendre. Je suis trop fière d’avoir arraché un compliment à cette bouche austère, d’où il ne sort que des sermons.
La bouche austère fut bien près, ce jour-là, de s’ouvrir pour quelque chose qui n’était ni un compliment ni un sermon. Mais Guy se tut encore. Il était heureux de la voir peu à peu venir à lui ! Il l’attendait, les bras ouverts, tout prêt à les refermer sur elle quand il serait temps.
Cependant, il s’était décidé à faire une exécution qu’il jugeait nécessaire. Depuis longtemps, son instinct joint aux rumeurs qui circulaient sourdement lui disait que la place de madame Hémery n’était pas dans le salon de Jeanne. Après la découverte qu’il avait faite à la Tour d’Argent, il considérait les relations de ces deux femmes comme indignes d’abord, comme dangereuses ensuite.
Au premier jeudi de l’hôtel de Rambure qui suivit l’incident en question, il surveilla, malgré lui, lord Mawbray et sa maîtresse. Rien ne semblait changé entre eux. C’était toujours la même indifférence polie. Cependant, quand ils se saluèrent, on put saisir un regard, plein de haine et de défi, chez la femme, brillant, chez l’homme, d’une sensualité brutale. Et, de fait, Guy ne pouvait s’empêcher de se dire que cette femme à la chevelure fauve, aux yeux de panthère, brûlant d’une flamme perverse, devait être une maîtresse idéale pour un Mawbray.