Vers dix heures, quelqu’un sonna chez elle. C’était madame Hémery, qui, sentant qu’il allait falloir combattre, voulait prendre, la première, ses positions sur le champ de bataille. Seulement elle était en veine d’arriver partout trop tard.

D’abord Jeanne fit fermer sa porte. Mais la dame ne se décourageait point si aisément. Elle insista. Puisqu’on ne voulait pas la recevoir, c’est qu’elle avait bien fait de venir et qu’il lui importait d’être reçue. Entrée dans le petit salon, elle comprit au visage bouleversé de Jeanne qu’il s’était passé quelque chose. Restait à savoir quoi. La matinée commençait à peine. Vieuvicq n’avait pu venir encore ; il avait écrit, peut-être ?

Jeanne fixait sur la visiteuse matinale des yeux brillants de colère.

— Comment ! c’est vous, madame ? dit-elle. Après votre… migraine d’hier au soir, je ne m’attendais pas à vous voir de si bonne heure.

— Oh ! chère amie, je ne suis pas douillette, vous le savez. Mais vous-même semblez moins bien qu’à l’ordinaire. Que se passe-t-il ?

— Rien quant à ma santé, Dieu merci !… Quant à ce que vous voulez bien appeler « notre amitié », c’est autre chose.

Évidemment, Vieuvicq avait parlé. Madame Hémery n’en doutait plus maintenant.

— Expliquez-vous, dit-elle. Voilà une réception à laquelle je ne m’attendais guère.

— Si vous trouvez que je vous reçois mal, répondit Jeanne, ne vous en prenez qu’à vous qui avez forcé ma porte. D’ailleurs, c’est un désagrément auquel vous ne serez plus exposée désormais.

— Ai-je bien compris ? demanda madame Hémery très maîtresse d’elle-même. C’est une rupture que vous voulez ?