— J’ai été trompée ! trompée par lui ! depuis trois mois !
Il s’était joué d’elle, celui qu’elle appelait l’autre jour encore : son vieux Guy. Il était donc semblable à tous les autres, cet homme qu’elle croyait naïvement le seul incapable de mentir, le seul dévoué sans arrière-pensée, le seul capable d’une fidélité sans espoir !
— Mon Dieu ! soupirait-elle, un peu plus j’allais l’aimer ! Hélas ! est-ce que je ne l’aime pas déjà, maintenant qu’il m’échappe ?… Ah ! nous sommes de folles et malheureuses créatures !
En d’autres moments, son irritation reprenait le dessus. Elle éprouvait un dégoût profond pour tous ces hommes à qui certaines satisfactions sont nécessaires. Elle était jeune, riche, libre. Elle allait oublier. C’était maintenant qu’il serait en droit de lui dire :
— Vous n’avez pas le temps de penser.
Mais, tandis qu’elle appelait le tourbillon de la folie, la douleur, seule, lui répondait et ses larmes coulaient, plus amères encore.
Quand on vint lui annoncer le déjeuner, elle n’eut pas le courage de se mettre à table et fit prier sa belle-mère de ne point l’attendre.
XXIV
Elle fut saisie d’une émotion violente lorsque, vers deux heures, on annonça chez elle Guy de Vieuvicq. Il ne devait point venir ce jour-là ; elle n’était point préparée à sa visite, et, durant des heures, elle s’était juré à elle-même de ne plus le revoir. Cependant, elle fut étonnée de sentir, à ce nom, une émotion qui la rendit tremblante, et, pour la première fois, elle comprit combien elle l’aimait déjà, puisqu’elle tardait tant à le haïr.
Mais quel langage allait-elle lui parler ? de quelle façon devait-elle le recevoir ? comme un indifférent ? c’était de l’affectation ; comme un être parjure et déloyal ? c’était du caprice ; car enfin, Guy ne lui avait juré que beaucoup d’amitié, et il tenait si bien son serment, qu’elle l’avait pris, elle-même, pour quelque chose de plus qu’un ami.