— Ma foi, si vous étiez venu cinq minutes plus tôt, vous auriez entendu le marquis de Rochetorte raconter l’histoire. Il paraît que la pauvre Hémery a eu des bontés pour une espèce de chat familier qui garde le coin du feu, là-bas. Et la jeune madame de Rambure n’entend pas que ses animaux domestiques s’aillent promener sur les toits du voisin.
— Quel cancan a encore fait le marquis ? interrogea Mawbray en regardant Javerlhac.
— Je n’y ai pas fait grande attention, répondit celui-ci, fort occupé à examiner ses manchettes. Il paraît que madame Hémery et Vieuvicq ont une intrigue, et l’on ne veut pas que l’hôtel Rambure abrite leurs entrevues. Du moins, voilà ce que j’ai compris.
Mawbray était de l’humeur jalouse et débauchée d’Henry VIII, qui, sur un soupçon, faisait tomber la tête d’une maîtresse aussi bien que celle d’une femme légitime. Il se voyait sacrifié des deux côtés, sacrifié pour le même homme. Le sang lui monta au visage, et, comme la cloche sonnait, il en prit occasion pour abandonner madame de Bélorgelle et Javerlhac. Mais ce ne fut pas vers les écuries qu’il se dirigea. Sans faire attention à personne, il sortit du palais de l’Industrie et laissa son mail défiler tout seul sous la conduite de son premier piqueur.
— Eh bien, dit Javerlhac à sa compagne, vous venez de faire un joli coup !
— Qu’est-ce que j’ai fait ? demanda-t-elle d’un petit air innocent.
— Vous êtes cause que madame Hémery sera obligée de changer de couturière, pour cause de diminution dans son budget.
— Bah ! ce n’est pas de couturière qu’elle changera. Ainsi c’est Mawbray qui ?… Franchement, Rochetorte aurait bien pu me prévenir. Mais que devient donc le mariage de cette petite évaporée de Rambure ? On le disait fait.
— Oh ! il ne l’est pas encore. Dans tous les cas, vous ne pleurerez pas s’il manque ; car vous la détestez.
— C’est une poseuse qui dit du mal de moi.