Car, chose étrange ! après tout ce qui s’était passé, elle n’aurait point accepté un roi si Vieuvicq lui avait dit, avec cette voix et ce regard qu’il avait l’autre jour : « Ne soyez pas sa femme ! »

Le jour de Pâques, sous les voûtes de Saint-Sulpice où l’orgue jetait à pleine volée les hymnes de joie, elle pria comme elle n’avait jamais prié de sa vie.

— O mon Dieu, disait-elle, courbée sur le velours de sa chaise, si vous me défendez l’ambition, permettez-moi du moins la tendresse. Si j’ai cédé à l’orgueil en rêvant, parmi vos créatures, une place trop élevée, laissez du moins à mon cœur un abri où je trouve la confiance et le calme. O Dieu, ressuscité des ténèbres, dissipez celles qui m’environnent !

Quand elle releva la tête, elle aperçut Guy debout, à quelques pas d’elle. Lui aussi priait, perdu dans la foule, comme prient les marins et les soldats. Il n’avait point aperçu Jeanne. Une fois de plus, elle pensa : « Est-il possible que celui-là soit un menteur ? »

Lorsque la foule s’écoula, ils se rencontrèrent (elle l’avait fait exprès) au bénitier de marbre. Il la vit, et son visage s’éclaira d’une joyeuse auréole, tandis qu’il lui présentait l’eau sainte. Et, comme leurs doigts se touchaient, il lui dit tout bas :

— A bientôt, Jeanne !

Elle sentit son cœur se dilater dans sa poitrine. Peu s’en fallut qu’elle ne lui criât :

— Oh ! Guy ! pas bientôt ; tout de suite. Parlez. Ces heures sont horribles !

Mais déjà il avait disparu.

Elle remonta en voiture presque heureuse, après avoir vidé sa bourse entre les mains des mendiants. Elle cherchait à ne pas penser, puisqu’elle ne pouvait pas comprendre ; à oublier tout, sauf une chose : c’est que Guy lui avait dit : « A bientôt ! »