Le courrier du lendemain lui apporta, de lord Mawbray, la lettre suivante :
« Voici un an que je vous aime, six mois que je vous demande d’être ma femme. Vous ne m’avez point défendu d’espérer une réponse favorable et, jusqu’ici, mon respect a été plus fort que mon impatience. Votre France est trop belle, d’ailleurs, et vous y êtes trop heureuse pour ne pas hésiter longtemps, avant de suivre en un autre pays l’homme qui voudrait vous donner toute la terre. Tant que j’ai cru à une perplexité si naturelle, je me suis condamné au silence. Aujourd’hui, ma tendresse jalouse craint de nouveaux obstacles.
» Un autre homme dit qu’il vous aime. Il fut votre ami d’enfance et sa pauvreté, qui m’ôterait toute inquiétude s’il s’agissait d’une autre, ne suffit pas à me tranquilliser, moi qui connais votre cœur.
» On a le droit de défendre son trésor, son avenir, sa vie. Je ne veux pas vous perdre et maintenant, j’ai résolu de parler. Prenez garde qu’on ne vous trompe ! c’est tout ce que ma plume veut écrire. Ma bouche, si vous l’exigez, vous en dira davantage. »
Après avoir lu ces lignes, qui faisaient fuir loin d’elle les riantes images entrevues depuis la veille, Jeanne, sur la première feuille tombée sous sa main, traça ce seul mot : « Venez ! » et le fit porter chez lord Mawbray.
— Ma foi, pensa celui-ci, tout en se rendant à l’appel qu’il recevait, mon moyen réussit trop vite pour être bon. Je parie qu’elle va, maintenant, adorer ce compagnon de colin-maillard. Oh ! les femmes !
Quand il entra dans le petit salon de Jeanne, au lieu de lui dire de s’asseoir, elle se leva, sans lui tendre la main.
— J’espère, dit-il un peu désarçonné de l’accueil, que vous comprenez…?
— Je comprends qu’il y a des choses qu’on n’écrit pas, en effet. Qu’avez-vous à m’apprendre ?
— Que vos lenteurs me rendent fou et que chaque jour qui s’écoule…
— Oh ! je vous en prie : ne parlons pas de vous. Vous savez quelque chose sur un homme qui… avait ma confiance ?
Maintenant qu’il fallait s’expliquer, Mawbray trouvait qu’il avait assez peu à dire, et regrettait de s’être privé trop tôt des lumières de Guérin et Cie.