L’instant fatal était arrivé. Jeanne n’avait plus qu’un désir : en finir au plus vite, se convaincre elle-même de la réalité d’une chose que son cœur refusait de croire possible, et sortir de cette maison en secouant la poussière de ses pieds et les illusions de son cœur.
— Le comte de Vieuvicq est-il chez lui, madame ? demanda-t-elle sans trembler, en vaillante femme qu’elle était.
— Oh ! fit avec un sourire modeste la personne interpellée, qui était une brave et digne femme, nous n’avons pas de comtes dans la maison.
— J’oubliais, reprit Jeanne. Je demande monsieur… — elle avait peine à prononcer ce nom qui lui rappelait des heures si différentes, je demande M. Guy.
La concierge eut un haut-le-corps à ces paroles, et fixant deux petits yeux bien honnêtes sur la belle dame qui l’interrogeait :
— M. Guy ? fit-elle d’une voix toute changée : madame est-elle sûre qu’il reste ici ?
Jeanne laissa voir le louis qu’elle avait mis dans son gant pour le cas probable où il faudrait soumettre une conscience rebelle. La concierge faillit se fâcher.
— Mon Dieu ! pensa l’amie de « M. Guy », je n’offre pas assez.
Et elle chercha dans son porte-monnaie de quoi faire le bon poids. Pour le coup, la bonne femme se montra deux fois plus troublée que Jeanne ne l’était elle-même. Quelque mystère horrible se cachait là, c’était facile à voir.
— Madame, dit la visiteuse en remettant son argent dans sa poche, je ne m’en irai pas sans avoir vu la personne que je demande. C’est pour une chose de toute importance. D’ailleurs, il y a vingt ans que je connais… votre locataire.