LA MEILLEURE PART

I

— C’est trop fort ! s’écria le grave monsieur Perraudin, précepteur du jeune Guy de Vieuvicq, en faisant gémir sous lui l’antique fauteuil en tapisserie qui lui servait de chaire professorale. Je n’ai rien vu de pareil dans ma longue carrière ! Traduire positis membrana capillis par une perruque ! On n’a pas idée d’une chose pareille.

— Moi, je trouve l’idée assez naturelle, répondit avec flegme un beau garçon de douze ans, très occupé à décorer de sculptures primitives sa table de sapin noirci. D’ailleurs, Térence est trop difficile pour moi.

— Alors, monsieur, on ne traduit pas. On respecte la pensée du poète, si l’on ne peut la saisir. Faites-moi le mot à mot de cet hémistiche, je vous prie.

— Membrana, une membrane ; positis capillis, sur laquelle on a posé des cheveux ; n’est-ce pas ainsi que se fabriquent les perruques ?

— Ah ! vraiment ? Eh bien, monsieur, écoutez mon mot à mot, à moi : Membrana, une peau, positis capillis qui a perdu ses poils. C’est-à-dire, monsieur, en bon français, un parchemin. Le rhéteur arrive avec son parchemin sous son bras. Le bon sens indique suffisamment qu’on ne vient pas faire la classe avec sa perruque dans son portefeuille.

— C’est dommage, fit l’élève, en jetant sur les mèches postiches de son précepteur un regard irrévérencieux. Ce serait drôle, quelquefois.

Du moment qu’il s’agissait de lui-même, et non plus de Térence, le grave Perraudin retrouva tout son calme.

— Monsieur, dit-il, j’informerai monsieur le comte et madame la comtesse de ce trait de causticité déplacée. En attendant, vous aurez un très mal, aujourd’hui, pour la discipline ; et, sans préjudice d’une autre punition plus sévère, vous allez m’écrire six fois, avant de sortir d’ici, le verbe : J’ai trop d’esprit pour mon âge. Vous entendez, monsieur, six fois !