— Vous êtes trop modeste, jeune homme, et, le jour où il vous plaira d’aller dans votre monde…

— Eh ! j’y suis allé, et plût au ciel que je n’y eusse jamais mis le pied ! Voyons, c’est entendu, n’est-ce pas ? je puis partir ?

— Mon cher, il est inutile de prolonger cette conversation. Je vois que vous avez une désillusion, un découragement. Ce n’est pas à moi à provoquer vos confidences. Réfléchissez pendant huit jours. Si vous persistez, revenez me voir ; voire congé sera signé séance tenante.

L’après-midi de ce même jour, à l’issue du conseil d’administration, le directeur annonça à ses collègues que la compagnie allait sans doute perdre un de ses meilleurs auxiliaires, M. de Vieuvicq.

— Vieuvicq ! s’écria le baron de Champberteux. Mais je le connais. Où donc s’en va-t-il ? et pourquoi ?

— Je sais qu’il va au Sénégal. Quant au vrai pourquoi, je ne puis rien dire. C’est un garçon très courageux, à coup sûr. Mais, malgré tout, quand on est sorti d’où il sort, il est dur de végéter dans un bureau. Un autre, avec ce qu’il sait, ferait sa fortune. Malheureusement, il n’est pas homme à battre le pavé pour recruter des commanditaires. Il n’est pas de son temps.

En rentrant chez lui, le baron dit à sa petite fille :

— Te souviens-tu de ce grand jeune homme que je t’ai présenté l’autre jour à l’hôtel Rambure ?

— Oui, dit Louise, qui s’en souvenait beaucoup plus que ne le supposait son grand-père, M. de Vieuvicq.

— Eh bien, il part pour le Sénégal.