Un jour, se promenant ainsi, ils virent venir à eux leurs deux mères, marchant au bras l’une de l’autre. La petite, poursuivant son rôle, entraîna Guy sur le passage des deux amies et, répétant ce qu’elle avait entendu dire souvent à la Simonne :

— La charité pour mon pauvre homme qui n’y voit pas, mes bonnes dames, s’il vous plaît !

La marquise rit beaucoup, à la vue des deux mendiants improvisés. Quant à madame de Vieuvicq, elle les considéra longtemps de son beau regard mélancolique. Puis, déposant sur chaque front un baiser également tendre :

— Voilà mon aumône, chéris, dit-elle ; et que Dieu écoute la prière que je lui fais en ce moment !

Un soir, — les Cormeuilles devaient quitter Vieuvicq le lendemain au lever du soleil, — Guy était étendu sur une chaise longue dans le coin le moins éclairé du grand salon. Assise sur un tabouret à côté de lui, Jeanne, tranquille, silencieuse, avec des allures de garde-malade, avait une de ses mains posée sur le front brûlant de son ami. Tandis que les parents causaient autour de la table, les deux enfants n’échangeaient pas une parole.

— Est-ce que tu as bien mal, vieux Guy ? demanda enfin la fillette. Pourquoi ne parles-tu pas ?

— Parce que voilà notre dernière soirée. Demain, à la même heure, tu ne seras plus là !

— C’est vrai ; mais nous nous reverrons l’année prochaine, à Cormeuilles.

— Oui, et puis il faudra nous quitter encore. Le temps me paraît si long, Jeannette, quand tu n’es pas là !

— A moi aussi, il paraît long sans toi. Mais écoute. Quand tu seras grand, nous pourrons nous marier.