— Il y a longtemps que j’y pense. L’ennuyeux, c’est qu’il faut attendre beaucoup.
— Jusqu’à quel âge ?
— Ça dépend. Hier, j’ai entendu ton papa qui demandait au mien : « Comment Claude, l’homme d’écurie, a-t-il pu se marier avant d’avoir tiré au sort ? » Et papa a répondu : « Lui et sa future s’étaient arrangés pour rendre la chose indispensable. » Je ne sais pas comment on fait ; mais ce doit être facile, puisque Claude, qui est si bête, a pu le faire.
Et, sur cette belle résolution, la jeune fiancée suivit sa bonne, qui venait la chercher pour la mettre au lit.
Le lendemain matin, à cinq heures, un grand omnibus attelé de deux postières hollandaises et chargé de malles attendait devant le perron du château. Sur le siège, le marquis de Cormeuilles, des guides et le long fouet de poste en main, hâtait les derniers adieux ; car il avait une longue traite à fournir pour regagner son habitation, située dans le département voisin.
Enfin, les grandes personnes échangèrent les derniers baisers et les dernières poignées de mains. La pauvre Jeanne, les yeux humides, ne pouvait s’arracher des bras de son ami, qui, le front entouré de compresses, faisait tous ses efforts pour se montrer homme et pour dominer son émotion. La voix du marquis se fit entendre, plus sévère, et sa fille se hâta de monter en voiture. L’équipage pesamment chargé s’ébranla aussitôt et le bruit des grelots s’éloigna dans l’avenue, tandis qu’une petite tête se penchait encore à la portière en criant :
— Au revoir, vieux Guy ! A l’année prochaine.
L’année prochaine…!
III
L’hiver suivant, le château de Vieuvicq fut en deuil. La comtesse mourut, dans la force de la jeunesse, et dans l’éclat d’une beauté citée au loin.