— Me voici, répondit Jeanne.

Mais, avant de quitter Guy, elle eut le temps de porter sa main aux lèvres du jeune homme, comme elle avait fait au Gleisker.

— Dieu vous bénisse pour ce que vous faites, ami cher ! dit-elle. Au revoir. Revenez bientôt et venez souvent. Ce qu’il y a de meilleur en moi, je vous le donne.

Cinq minutes après, le vicomte et Jeanne filaient vers Meudon au trot du break.

— Vertubleu ! ma nièce, disait le vieux gentilhomme, vous êtes jolie à croquer, ce matin. Je vendrais mon âme au diable pour avoir trente ans, comme tout le monde.

— Ah ! mon oncle, moi, je donnerais cher pour que certains eussent des cheveux blancs, comme vous.

Rentré chez lui, Guy écrivit à son chef :

« J’ai réfléchi et je reste. Puissé-je ne jamais m’en repentir ! »

XVII

Quand il s’agit des femmes, les moindres circonstances jouent un grand rôle dans les événements. Pendant la scène qui précède, Jeanne avait éprouvé une émotion que jamais, jusqu’alors, aucun homme ne lui avait fait ressentir. Qui sait jusqu’où, en présence d’un amour aussi rare, son cœur aurait pu l’entraîner si Vieuvicq l’avait trouvée dans un autre moment et sous un autre costume. Mais le moyen d’être sentimentale avec un chapeau d’homme sur la tête et des knickerbockers aux jambes !