—Qu'à cela ne tienne. Quand vos affaires seront finies, mettez-vous en route. En arrivant à Vaudelnay, je vais faire mon rapport à mes parents et, bon gré mal gré, ils vous obligeront à nous rendre visite. Nous viendrions plutôt tous trois vous chercher!

—Bon, fit mon oncle. Nous verrons; je ne dis pas non. En attendant, charge-toi pour eux de toutes nos tendresses.

L'heure était venue de prendre congé, chose d'autant plus facile qu'on ne faisait rien pour me retenir. Mon oncle, évidemment, ne tenait pas à me voir rencontrer ma cousine. Il m'accompagna jusqu'à l'escalier, à travers un véritable dédale de fleurs, de plantes vertes et d'oiseaux.

—Si j'en juge par ce que j'aperçois, remarquai-je, votre petite-fille est restée campagnarde.

L'oncle Jean leva les yeux au ciel avec un désespoir comique.

—Tu ne vois rien! gémit-il. Rosie nourrit des poissons rouges dans sa chambre, et dans un coin du grenier, Lisbeth, à ses heures perdues, soigne l'éducation d'une famille de lapins blancs. En voilà qui doivent s'amuser!

—Des lapins de la race de Vaudelnay, peut-être? demandai-je en songeant à l'admiration de Rosie pour mes élèves de jadis.

—C'est bien possible, fit mon oncle d'un air distrait.

Nous nous quittâmes en nous disant:—A bientôt,—locution parallèle à cette autre: Votre couvert est toujours mis. La phrase est courte, harmonieuse et n'engage rien.

J'arrivai le surlendemain soir à Vaudelnay, moulu par les fatigues d'un voyage interminable, car j'avais tenu à ne pas quitter Annibal que le chemin de fer énervait beaucoup, et que je désirais offrir intact à l'admiration des Poitevins en général et de mon père en particulier.