—Vous savez, cousine: vous auriez tort de supposer qu'il y a…entre moi et cette dame… des choses… Mais une femme est si vite compromise! A votre âge on ne se rend pas compte de certains dangers.

—Oh! répondit-elle en me regardant encore une fois, j'ai vingt ans par l'âge; mais j'en ai trente par la vie que je mène. Je me sens tellement votre aînée, Gastie!

J'éprouvais je ne sais quel plaisir inconnu à entendre sa voix chaude et, tout en l'écoutant, je venais seulement de remarquer un détail, c'est que, d'un commun accord et sans nous en douter, nous employions le vous depuis une demi-heure, au lieu du tu de notre enfance.

—Pourquoi, lui demandai-je à brûle-pourpoint, ne nous tutoyons-nous pas ici comme à Vaudelnay?

Ma question l'avait contrariée sans doute, car elle éloigna d'un geste brusque son pinceau de la toile.

Je crus comprendre que je l'empêchais de travailler et qu'elle aurait déjà voulu me voir parti.

—Vous venez de le dire vous-même, fit-elle. Nous ne sommes plus à
Vaudelnay.

J'eus un élan d'effusion dont je me sentis tout fier. Pourquoi n'apprécierions-nous pas les bons sentiments en nous comme nous les estimons chez les autres?

—Qu'importe? répondis-je. Ne sommes-nous pas de bons camarades comme autrefois? Écoute, Rosie, n'aimerais-tu pas avoir un compagnon dévoué, sûr, qui n'aurait rien de caché pour toi, te consulterait même, au besoin; car je trouve, moi aussi, que tu as l'air d'être mon aînée. Je viendrais te voir souvent. Tu ne sais pas avec quel plaisir je te retrouve. Je t'assure que j'ai bon coeur et que je t'aime bien.

—J'en suis convaincue, dit-elle d'un air quelque peu distrait, tout en commençant à ranger son attirail. Donc nous voilà redevenus bons amis. Quand tu monteras chez nous, si tu désires m'y trouver, n'arrive pas avant cinq heures. Je crains seulement d'être un camarade assez peu amusant. Je ne connais personne et ne sais rien de ce qui se passe.