—D'ailleurs, à qui pourrais-je en parler? Je ne vois personne.

—Et vous venez souvent ici?

—Tous les jours.

—Pour peindre des copies?

—Entre nous, je crois que mes originaux ne feraient pas bonne figure au
Louvre.

—Mais, grand Dieu! m'écriai-je étourdiment, vous devez avoir tout un musée de copies rue d'Assas. Quand j'irai vous voir, vous me montrerez la collection.

Elle s'était remise à travailler avec le sérieux que, dès son enfance, elle apportait dans toutes ses entreprises.

—Mes copies sont un peu partout, répondit-elle avec plus de mélancolie que d'embarras. Je les vends aux églises qui trouvent les vrais Murillo trop chers.

—Pauvre Rosie! pensai-je. Moi qui l'accusais d'abandonner l'oncle Jean pour le plaisir d'aller barbouiller des toiles! Ce n'est pas son plaisir qu'elle cherche en peignant!

Je me sentais pris, pour cette fille simple et courageuse, d'une grande estime et d'une sincère affection. Et puis elle était ma confidente, la confidente de mon premier secret de jeune homme. Avec le besoin que nous avons tous de revenir au sujet qui nous tient au coeur, je lui dis, très fier du mensonge auquel mes devoirs de gentilhomme m'obligeaient: