—Et vous n'en avez jamais été amoureux? questionna ma compagne.
Amoureux de Rosie! moi!
L'idée par elle-même était si plaisante que j'éclatai de rire.
—Pauvre enfant! dis-je, quand j'eus repris mon sérieux; je ne la vois pas rendant quelqu'un amoureux d'elle.
Madame X*** me regarda comme pour voir si je parlais sérieusement. Puis, sans doute édifiée par cet examen, elle ramena la conversation vers des sujets que nous préférions l'un et l'autre. Cinq minutes après, un fiacre hélé sur le quai ramenait ma déesse dans l'Olympe conjugal. Alors, libre de mes actions, je remontai dans la salle où peignait Rosie. Enfin, j'allais pouvoir m'entretenir avec un être humain de ma nouvelle conquête.
La jeune artiste s'était remise à sa Vierge, Lisbeth avait repris son tricot. Je m'approchai avec le même air d'importance mystérieuse que devait avoir d'Artagnan quand il rapportait d'Angleterre les ferrets de la reine, et, parlant de façon que ma cousine seule pût m'entendre:
—Ma bonne Rosie, je compte sur vous pour n'ouvrir la bouche à personne de ce que vous venez de voir.
En une seconde, elle eut le temps de rougir et de devenir pâle, tenant fixés sur moi ses yeux noirs, honnêtes et francs comme ceux de son grand-père.
—Soyez sans crainte, répondit-elle simplement.
Puis, avec un sourire un peu triste, elle ajouta: