—Quand vous trouve-t-on chez vous? demandai-je pour couper court à une conversation qui, malgré tout, manquait de charme.

—Tous les jours après cinq heures.

—J'irai bientôt vous voir. Mon oncle se porte bien?

—Très bien, merci! Au revoir, mon cousin!

—Au revoir, ma cousine!

J'entraînai doucement ma compagne loin des lieux témoins de cette rencontre funeste. Je pleurais déjà sur les ruines de mon bonheur. Cinq minutes plus tôt, madame X*** me jurait qu'elle commettait pour la première fois une « imprudence » de ce genre, qu'à aucun homme avant moi elle n'avait dit une parole que son mari ne pût entendre. Aussi je m'attendais à une scène terrible de reproches, peut-être même à une rupture prématurée, bien qu'à tout prendre l'idée de « l'imprudence » en question ne me fût guère imputable. Mais, à ma grande surprise, ma belle amie fit preuve d'un sang-froid que nul ne se serait attendu à trouver chez une débutante. Elle me demanda d'un air singulier:

—Vous ne saviez donc pas que votre cousine vient au Louvre copier
Murillo?

—D'abord, c'est ma cousine si l'on veut, répondis-je avec diplomatie. Nous devons être parents au vingtième degré. Elle est sans fortune et ne va pas dans le monde. Ainsi n'ayez aucune crainte….

—Mais vous semblez très intimes?

Je racontai brièvement l'histoire de Rosie et notre éducation sous le même toit jusqu'à mon entrée au collège.