A première vue, l'imagination n'était pas tellement absurde, et je sentis la rougeur me monter au front. Mais un examen de quelques secondes me rassura.
—Écoute, répondis-je tranquillement en désignant le Murillo du bout de mon menton. Si on disait demain au conservateur du Louvre: « Cette toile qui est accrochée là sort du pinceau de mademoiselle Rosie », penses-tu qu'il s'y laisserait prendre?
—Hélas! soupira ma cousine.
—Eh bien, les lettres que j'ai dans ma poche ressemblent à ce que cette…coquine peut écrire et penser comme la peinture de Murillo ressemble à ta peinture. Tu admettras bien que je suis à même d'en juger.
Rosie baissa la tête sur sa toile, un peu mortifiée sans doute de ma franchise à l'égard de son talent. Je lui dis en prenant congé d'elle:
—Bientôt j'irai voir l'oncle Jean, mais seulement après que la dame aux pensées m'aura répondu. J'aurai du plaisir à te montrer sa lettre, et cependant mes confidences t'ennuient peut-être.
—Bah! fit ma cousine avec son bon sourire, il y a longtemps que j'y suis habituée. Au fond, elles m'amusent.
Nous nous quittâmes sans rancune après une cordiale poignée de mains.
Tout en descendant l'escalier aux larges marches, je me disais:
—Positivement, cette Rosie devient une jolie fille…. Mais quelle personne prosaïque!