—Rosie! vociférai-je en prenant mon chapeau, tu es née pot-au-feu et pot-au-feu tu mourras! Je te quitte pour te revoir seulement le jour où j'aurai découvert mon inconnue. Tu verras si c'est un vieux laideron!
—Bon! dit-elle avec son franc rire de camarade, notre séparation sera un peu longue! Sois sûr que la dame est trop avisée pour se laisser voir. Signons la paix; je ne dirai que ce que tu voudras. Mais enfin, mon pauvre ami, que comptes-tu faire?
—La chercher dans tout Paris, maison par maison. Et, surtout, la convaincre avec le temps, dussé-je y mettre dix ans de ma vie, que je suis digne d'elle et qu'elle peut se révéler à moi.
—Tu seras bien avancé quand tu te trouveras en face d'une personne mariée, mère de quatre enfants!
—Elle deviendra veuve, et ses enfants seront les miens. Dans tous les cas, je la verrai quelquefois. Je ne veux plus vivre sans cette femme. Je l'adore avec passion!
Je criais si fort, que Lisbeth, embarrassée par ce qu'elle entendait malgré elle, plongeait sa tête dans son tricot. Quant à ma cousine, elle partit d'un grand éclat de rire. Jamais je ne l'aurais crue susceptible d'une gaieté aussi bruyante.
—Par ma foi! dis-je, parodiant sans y tâcher le Misanthrope, je ne vois pas en quoi je suis si risible!
—Pardonne-moi, mon bon Gastie. Mais je te vois encore tel que tu étais à cette même place, l'automne dernier, faisant les honneurs du Musée à certaine élégante, avec des airs convaincus. Tu te souviens de madame Confiture-de-Roses?
Elle s'essuya les yeux où le rire avait mis quelques larmes brillantes, qui lui allaient fort bien.
—A propos, reprit-elle, sais-tu quelle idée me vient? Si cette superbe personne était en train de se moquer de toi grâce à un déguisement d'écriture! Si ta passion d'alors et celle d'aujourd'hui ne faisaient qu'une!