—Ce sera sans doute la première fois, dis-je d'un air sombre, que l'on verra quelqu'un prendre le deuil sans savoir le nom de la personne qui vient de mourir.
—Comment! s'écria ma mère. Personne ne t'a rien dit?
—Non, répondis-je; mais je ne demande rien. Que les autres gardent leurs secrets; moi je garderai les miens, quand j'en aurai.
Dieu sait que la menace, de longtemps, n'était pas dangereuse. Néanmoins ma mère, prise d'émotion, de remords peut-être, m'attira sur ses genoux et m'embrassa.
—Mon cher enfant! s'écria-t-elle, on ne t'a rien dit! C'est que, vois-tu, nous avons tous été si…si troublés…à cause du pauvre oncle Jean.
—Mais enfin, qui est mort? demandai-je, renonçant pour cette fois à mon expectative hautaine.
—C'est sa fille qui est morte.
—L'oncle Jean était marié?
Ma pauvre mère leva les yeux vers le ciel avec l'angoisse d'un pilote égaré parmi les écueils, cherchant sur la côte la lueur salutaire du phare.
—Il a été marié longtemps, répondit-elle. Ta tante est morte, ne laissant qu'une fille, celle qui vient de mourir à son tour.