Non, elle ne riait pas, la pauvre Lætitia. Elle songeait à la figure que ferait son fils, quand elle pourrait aller le trouver, vers la brune, pour lui porter le message fatal!
Le soleil était couché. Fortunat comptait les minutes, car il savait que le procès devait être jugé de la veille. Il attendait sa mère dans sa chambre, dont la fenêtre ouverte laissait pénétrer les voix grondantes du Rhône enflé par une crue de printemps. Sur la berge, le vieux Signol debout, immobile, fumait sa pipe, magnétisé par la fuite régulière des eaux chargées d'épaves. Lætitia parut bientôt. Elle ouvrit la porte; son fils courut à sa rencontre.
—Eh bien? fit-il, enveloppant sa mère d'un regard fiévreux.
—Mauvaise nouvelles!
—Pour qui?
—Pour toi, sventurato!
Il avait compris. Il se laissa tomber sur une chaise, tandis que sa mère, debout près de lui, posait ses mains sur la tête brûlante de «l'enfant». Bientôt, aspirant l'air pour ne pas défaillir, il se dégagea et s'approcha de la fenêtre ouverte. Il faisait presque nuit; la sourde menace des eaux devenait plus sinistre à mesure qu'augmentaient les ténèbres. La rive gauche, à peine marquée par des collines détachées sur le ciel, semblait éloignée d'une lieue. La ciel était sombre et bas; la pluie commençait à tomber doucement. Fortunat, pendant une longue minute, garda le silence comme pour mettre son âme à l'unisson de la tristesse de la nature.
—Ma mère, dit-il tout à coup d'une voix faible, bientôt nous ne nous verrons plus!
Lætitia n'avait pas conservé ses oreilles de vingt ans. Elle fit répéter la phrase qu'elle n'avait point entendue.
—Nous allons nous quitter, répéta le jeune homme avec plus de force.