—Qui est donc ce monsieur si affairé et si peu cérémonieux?

—Vous ne le connaissez pas? C'est Luzignargues, le journaliste.

—Grand Dieu! Est-ce qu'il va mettre mon nom dans son journal?

Déjà elle se figurait la colère de son mari. Mais elle l'aperçut au même instant, comme il serrait la main de Luzignargues, avec un peu d'ennui, mais sans amertume.

Évidemment, il était résigné d'avance à toutes les épreuves pénibles ou bizarres de la journée.

Les régates furent courues au milieu des hourras des spectateurs populaires; le public élégant sommeillait quelque peu dans les tribunes. Après le dernier coup de canon d'arrivée, la duchesse donna le signal de la retraite et fut suivie de son cortège. Mais tout à coup on vit surgir Luzignargues, s'essuyant plus que jamais le cou, les cheveux et la figure.

—Mesdames, dit-il gravement, je viens d'expédier mon télégramme à
Paris; ma tâche est finie; le journaliste va vous quitter…

Il s'arrêta et prit un temps, comme un acteur à la mode, sûr de son effet. Des protestations féminines s'élevèrent.

—… Mais l'homme du monde vous reste, acheva-t-il avec un beau geste de la main droite.

Alors, tandis que des applaudissements éclataient, il prit possession de son nouveau rôle en offrant son bras à Thérèse, qui l'accepta machinalement.