Elle posa doucement la main sur l'épaule de son mari qui se retourna.
—Donnez-moi l'adresse de l'avocat, dit-elle; je cours lui porter cette lettre. Il paraît que le mal actuel est facilement réparable. Vite l'adresse!
Albert indiqua le domicile de maître Guidon du Bouquet.
—Pauvre amie! soupira-t-il. Quelle succession d'épreuves pour vous.
Ah! Dieu! si je les avais prévues!…
—Courage! fit Thérèse, elles finiront. Cher, si vous voulez que j'oublie tout le reste, achevez bien vite de guérir.
Elle sortit, presque surprise elle-même de se sentir si forte et si calme en face de devoirs tout nouveaux. D'ailleurs, la lettre qu'elle emportait pour la faire lire à Guidon parlait d'une formalité facile à remplir, et, sans doute, le grand avocat parisien ne serait pas embarrassé là où Corbassière, le petit huissier de campagne, voyait un remède facile. Donc elle n'éprouvait pas une inquiétude extrême. Néanmoins, la course lui parut longue, du quai d'Orsay à la rue de Provence, où demeurait Guidon.
—Monsieur est parti hier pour la chasse, lui répondit le concierge. Il reviendra demain soir. On ne trouve jamais monsieur chez lui le dimanche.
Elle réfléchit une seconde en face de cet imprévu désastreux. Mais peut-être qu'on pouvait joindre l'homme de loi, s'il tirait des faisans dans les bois de Meudon ou de Saint-Germain. Une nouvelle réponse qu'elle reçut lui ôta cette espérance: Guidon mitraillait les canards en Sologne.
La comtesse de Sénac regagna son coupé sans perdre la tête et se fit conduire à l'avenue Kléber, où elle prit l'adresse de Champenois.
—Vous n'avez pas à craindre la même réponse qu'on vous a donnée tout à l'heure, lui dit madame de Chavornay. Celui-ci n'a jamais touché un fusil de sa vie.