Aussi n'était-il pas à la chasse, mais à l'inauguration d'une statue «en Avignon» avec son habit à palmes vertes.
Cette fois les tempes de Thérèse battaient fiévreusement, tandis qu'elle rentrait à la maison, au grand trot de ses chevaux. Si bien trempée que fût son âme, elle avait l'âme d'une femme, sujette aux réactions instantanées et complètes. Le découragement venait à grands pas.
«Dieu aurait-il décidé que nous subirons l'épreuve tout entière?» songeait-elle.
Déjà cette voiture, ces chevaux qui l'emportaient rapidement, ces fourrures qui l'enveloppaient, tout cet ensemble d'un luxe qu'elle avait toujours connu, prenaient à ses yeux l'apparence précaire de choses empruntées, qu'il faudra rendre quelque jour. Aller à pied, vêtue comme une bourgeoise pauvre, ne l'effrayait guère, elle qui s'était crue appelée à passer toute sa vie dans une robe de bure. Mais son mari à peine sauvé d'une maladie grave!… Pourrait-il supporter le coup?
Quand elle fut près de lui, elle affecta de dire d'un air très calme:
—Guidon est à la chasse. Mais il rentrera demain soir.
On aurait pu penser qu'Albert n'avait pas entendu sa femme. Il regardait devant lui, sans parler, ne trahissant son trouble que par l'agitation nerveuse de ses mains. Dans ses yeux commençait à luire une volonté puissante qui fit tressaillir sa femme de joie, tant la vie se laissait voir dans ce rayonnement. Au bout de quelques minutes, il dit:
—Je partirai ce soir pour Sénac.
Thérèse passa de l'espérance à la consternation, croyant que le délire apparaissait de nouveau. Il reprit:
—Je vais mieux. Je peux partir; il faut que je parte.