— Oh ! me répondit-elle, je suis si heureuse !… Voilà une soirée que je n’oublierai jamais.

— On dirait, fit observer Rupert, que c’est votre premier bal, tant vous avez l’air de vous amuser.

— C’est le premier qui compte pour moi, dans tous les cas.

— Oui ; un bal de Cour impressionne quand on n’en a pas vu. Cependant, à cause de l’étiquette, c’est plus ou moins une corvée.

Pauvre Mina ! Elle avait encore du chemin à faire !

— Pour vous, peut-être, répondit-elle tristement, ce bal fut une corvée. Pas pour moi !

D’autres épines se mêlèrent aux roses de son triomphe. Un journal satirique imprima le lendemain :

« Allons-nous voir revivre, en dehors de nos musées, la grande époque de l’art ? Au bal de cette nuit la Fornarina s’est montrée, en robe de gaze blanche avec une rose rouge. Puissions-nous trouver un Raphaël sur la liste du prochain Salon ! »

Je n’avais pas encore lu ce madrigal à rebrousse-poil quand on m’annonça Kardaun. Il débuta par me remercier de mon chaperonnage de la veille ; puis il me demanda, perfidement :

— Vous savez l’italien, sans doute, madame la baronne ?