— Oui, répondis-je avec une parfaite innocence.
— Voulez-vous me dire, alors, ce que c’est que la Fornarina ?
— C’était une boulangère — Fornarina en italien — d’une beauté merveilleuse, que Raphaël a peinte bien souvent.
— Ah ! j’ai compris, soupira le pauvre Mathieu. Mille grâces, madame la baronne !
Ce fut après son départ que j’eus connaissance de l’article, et ce fut précisément Rupert qui me l’apporta. On devine combien je fus ennuyée.
— Ce n’est pas bien méchant, dis-je après avoir lu, parce que Mina Kardaun a pris le sage parti d’être fort belle. Si bien qu’après tout la comparaison n’est qu’une moitié de satire. Cette jeune fille n’en a pas moins triomphé sur toute la ligne au bal ; on n’a pu critiquer une seule de ses paroles ou de ses attitudes.
— Peut-être bien, dit-il. Mais la voilà pourvue d’un surnom qui lui restera. C’est fâcheux.
— Soyez tranquille. Nom et surnom, elle perdra bientôt l’un et l’autre en se mariant ; car je serais étonnée si elle épouse un boulanger.
— Non, certes ! Elle épousera quelque débris de famille illustre, en quête de millions.
— C’est juste ce qu’elle prétend ne pas vouloir faire. Elle veut être aimée, et je ne doute pas qu’elle le sera. C’est une bonne, franche, loyale créature. Sans cela, du reste, je ne me chargerais pas de la mener dans le monde.