Au lieu de discuter davantage, le monstre se mit à genoux devant moi.
— Je sais aujourd’hui un double secret, murmura-t-il. Chère comtesse Bertha ! Elle vous a trahie. Je sais quel nom reste gravé dans deux cœurs qui ne battent plus. Je sais que mon père et mon oncle ont adoré la même femme ; je sais qui est cette femme. Et je vous répète encore une fois, avec une autre signification : « C’est de famille ! »… Avez-vous oublié ce que j’ajoutais : « Si je trouve une femme qui vous ressemble ! »… L’ayant trouvée, je fus pris tout de suite. Ne savez-vous pas que ma bien-aimée est votre portrait ?
Lui aussi était le portrait du pauvre Otto et, pendant qu’il baisait mes mains, je me souvenais du premier homme qui les avait baisées, à genoux aussi, mais plus timide… Et Rupert de Flatmark était bien près de gagner sa cause.
Subitement je revins à moi, comme foudroyée par la lumière douloureuse d’un éclair. Ce jeune homme ignorait sans doute ce qu’avait été le père de sa bien-aimée. N’étais-je pas obligée, moi, d’être honnête pour deux ?
— Relevez-vous, ordonnai-je. Parlons sérieusement. Savez-vous, puisque vous savez tant de choses, le nom que devrait porter ma fille ?
— Oui, répondit-il d’un air grave. Je sais que vous êtes la marquise de Noircombe.
— Et savez-vous ce que fut le marquis de Noircombe ?
— Un mauvais mari.
— Ce fut encore autre chose, déclarai-je. Vous ne voulez pas épouser Mina Kardaun, malgré ses millions, parce que son brave homme de père était boulanger. Comment donc épouserez-vous Élisabeth, qui ne possède rien au monde, et qui serait trop heureuse d’être la fille d’un ouvrier sans reproche ?
— Mon Dieu !… gémit Flatmark épouvanté.