D'un bond, il a franchi les étages, puis il a couru à une boutique voisine. Et voici qu'il se précipite, des fleurs à la main :
— Mademoiselle Mathilde, chacun son tour. On vous a vue hier!
— Oui! fait Mathilde, les yeux émerveillés. Et vous aujourd'hui…
— Et moi aujourd'hui, du même cœur que vous…
Selon la loi éternelle, M. et Mme Dovrigny ont toujours trouvé qu'Adolphe était le plus beau garçon qui existât au monde. Mais, en ce moment, par son geste, son attitude, son sourire, — ils lui voient une beauté qu'ils ne lui connaissaient pas, une beauté comme vaporeuse, qui saisit, qui donne envie de pleurer. Oui! eux, en adoration depuis vingt cinq ans devant leur fils, ils ne l'avaient pas encore bien vu.
Vraiment ceci est nouveau pour eux : il a un large front où se joue la lumière, ses yeux s'attendrissent d'un éclat miroitant, la bonté décidée frissonne sous sa fine moustache. Comment des lèvres closes, peuvent elles, en s'avançant à peine, exprimer tellement l'action et la bonté?
Ils sentent qu'Adolphe, après la condamnation de Mathilde par M. De Bégalit, a, lui aussi, obéi à l'élan que rien n'arrête, — et que là, dans cet inconcevable, est la grande beauté.
Ils sentent par leur fils adoré.
Adolphe matérialise, rend perceptible pour eux le sublime, le bien qui ne se définit pas, qui n'a pas de mesure, qui ne se voit que par les yeux du cœur.
Et voilà qu'ils aiment, à en pleurer aussi, Mathilde, la petite parisienne, la modeste fille sans apanage aucun, — mais la personnification d'une bien haute espèce féminine.