Selon une loi de nature, la race changeait en sa personne. C'était un garçon sérieux, très sérieux ; mais, sous l'influence de l'époque, il s'écartait de la tradition familiale si réglementaire. Par exemple, au lieu d'avoir uniquement des goûts appris, il sentait en lui la velléité de goûts personnels. En musique, en littérature, il considérait, avec le désir de les comprendre, des œuvres que ses parents ignoraient et refusaient de connaître.

Ses études terminées, — le baccalauréat et deux inscriptions de licence, pour la qualification d'étudiant en droit qu'elles comportaient, — son père lui avait attribué un emploi privilégié dans la Compagnie qu'il dirigeait.

Voilà qu'Adolphe Dovrigny s'était épris d'une simple employée de bureau, Mathilde Anriquet, que les motifs de service lui faisaient aborder quotidiennement!

Oh! la race entrait en évolution : il n'avait pas consulté ses parents avant d'engager de tendres pourparlers.

Et un beau jour, sans préambule, il leur avait annoncé qu'il se considérait comme fiancé. Il n'avait tenu compte de leurs pathétiques représentations que par des bouderies et des airs ennuyés.

Les parents se désolaient. Adolphe était un enfant gâté que l'on n'avait jamais contrarié ; ils avaient peur de lui faire du chagrin, ils ne pouvaient ni ne voulaient s'opposer expressément au mariage d'amour qu'il projetait et qui était pour eux un mariage « d'aventure ».

Ils essayaient de tout leur cœur, de toute leur sincérité, de toute leur passion de gens d'honneur, de l'en détourner.

Ils invoquaient surtout le rang, — l'étiage social, qui dépendait, (en dehors de l'origine, de l'éducation, et de la situation de fortune), d'un aspect mondain correct, légal, — d'un aspect de discipline, de bienséance, qu'il fallait exactement posséder.

— Cette jeune fille, à qui tu as pu adresser tes hommages sans formalité protocolaire et qui les a acceptés avec indépendance, n'est pas moralement assez haute, assez grande, assez belle pour toi.

Tel était le leit-motiv de leurs discours affectueux.