D'autres critiques ne leur manquaient pas :
— Elle est petite, brune de peau ; sa jeunesse n'a que l'agrément parisien ; avec ses yeux luisants et mobiles, nous lui trouvons une frimousse un peu enfantine. La candeur enfantine, à un certain âge, s'appelle ignorance et bêtise.
« Tu avoues toi-même que ta Mathilde n'est pas une beauté. Tu prétends la préférer aux jeunes filles que tu as pu connaître jusqu'à présent, parce qu'elle est mieux de cœur, d'intelligence, de conscience.
« Mais par quoi, comment est-elle ainsi mieux que les autres? Tu ne saurais le préciser. De cela, tu as seulement l'impression, le pressentiment.
« Eh bien, mon enfant, la vérité ne fait aucun doute : tu es influencé, trompé, aveuglé par un éveil de nature, par un mirage qui vient de toi-même.
« Tu as l'âge d'avoir une femme, tu prêtes une supériorité chimérique à celle que le hasard a placée le plus près de toi.
Adolphe ne restait pas sans répondre. Mathilde avait, entre autres, ce mérite d'être une employée modèle, de travailler pour gagner sa vie, et même de faire passer l'aide à sa famille avant la légitime coquetterie. Elle était économe jusqu'à se refuser le bouquet de violettes dont ses collègues ornaient leur table de travail.
Les parents se récriaient :
— Nous reconnaissons que cette jeune fille a des qualités, mais tout ordinaires, — mais point les qualités exceptionnelles que doit avoir la femme d'un homme tel que toi.
« Son extrême simplicité ne vient-il pas d'un défaut de goût? Dans tous les cas, ce fait de se refuser le luxe d'une fleur, cette sagesse mesquine est sans intérêt pour toi, notre unique héritier.