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Au bout d'un mois, voilà que Sonia revint, à l'insu de ses parents, solliciter M. Saumony : la santé de son père n'était pas encore rétablie, — pour le salut de la famille, il faudrait de nouveau obtenir plusieurs milliers de francs.
Sonia aurait un emploi dans une banque, la semaine prochaine, elle ferait croire à la maison qu'on lui consentait l'avance de plusieurs mois d'appointements ; surtout, elle paierait en secret une partie des dettes, pour que l'on continuât, dans le quartier, à faire crédit.
Au lieu de présenter, dans ses mains, quelque objet vendable, — par la tragique misère de son attitude, elle présentait sa beauté de statue de marbre.
M. Saumony se rendit compte et développa une réponse appropriée.
La grande considération dont il jouissait dans la meilleure société tenait à ce qu'il n'avait jamais commis de tromperie à l'égard de personne, — la tromperie fût elle indiscernable, ou même plus avantageuse au client que la réalité.
Or, Sonia n'avait plus son innocence, la seule chose qui valût plusieurs milliers de francs, — et lui, M. Saumony, n'était pas homme à céler cette absence de valeur.
Alors, sans tromperie, l'on tombait à une estimation de quelques centaines de francs.
Pourquoi? puisque la statue, en son dessin, n'avait rien perdu de sa beauté.
Pourquoi? parce que la beauté sans attribut ne dépassait pas un certain taux.