Cette fois, il lui expliqua rapidement que le billet de tombola n'était pas nominatif. C'était une entrée, — ou une quittance, — grâce à quoi, le porteur devait, à une adresse et à une heure indiquées, prendre possession de l'objet d'art gagné, sans autre formalité que les compliments préliminaires. Il s'amusa du double sens que prenait, dans l'occurrence, l'expression de : prendre possession.
Roland avait, à vingt ans, une élégance physique développée par les sports, — grand, large d'épaules, mince de taille, des cheveux blonds rejetés en arrière, un soupçon de moustache, le front intelligent, les yeux doux, il était, par sa figure, du type normand-parisien : un beau garçon, mais qui ressemblait en somme à nombre de ses camarades de l'École de droit.
Il avait pourtant un avantage sur eux, un agrément personnel : un air de jeunesse vraie, naïve, gentille, familiale, l'air (comme on dit) « d'avoir un caractère plus jeune que son âge », — un air d'adolescent qui a encore des qualités, des sentiments, des innocences d'enfant.
Le fait qu'il avait obéi de bonne heure à la nature, selon le souhait de son oncle, avait tout au moins eu ce résultat heureux d'empêcher son imagination de se pervertir. Et le fait même d'avoir aisément connu l'amour vénal avait beaucoup diminué, pour lui, l'importance de l'amour.
M. Saumony, en psychologue et en homme d'affaires honnête qui exige qu'on lui fasse confiance, avait traduit pour les intéressés le mot : objet d'art, simplement par : une femme, — avec le geste de poser un loup sur un visage.
Et en effet, le mystère même, l'absence même de toute précision avait contribué au placement immédiat des billets, — on était sûr d'avoir quelque chose de rare, la surprise réservée offrait un attrait de plus.
Roland fut particulièrement affriandé : l'on a recours à la tombola pour un objet qui n'est pas de vente ordinaire, donc, « une femme » cela ne signifiait pas une courtisane, et cela ne signifiait pas non plus une ignorante de l'amour.
Il se persuada que son rêve non encore satisfait allait enfin se réaliser : celui de prendre dans ses bras une femme mariée appartenant à une certaine classe.
Puisque l'intermédiaire avait observé une telle discrétion, il ne pouvait s'agir que d'une bourgeoise trop coquette ayant fait des dettes à l'insu de son mari.
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