Mme Passerot, tout en larmes, réfléchit qu'en effet la question ne s'était pas encore posée de cette façon là pour son mari ; elle décida de lui parler tout de suite, dès qu'il rentrerait.
Mme Le Guetteux l'approuva fortement : quand une femme a quelque chose de difficile ou d'ennuyeux, ou de contrariant à dire à son mari, si elle hésite, si elle veut choisir l'occasion, l'à propos, ou bien elle se tait finalement, ou bien elle s'y prend mal.
Combien préférable d'y aller carrément, la porte à peine ouverte, pendant que le mari retire son chapeau, son pardessus ; on a tout le bénéfice d'une attaque à l'improviste ; il arrive du dehors avec ses préoccupations, ses pensées du dehors, on ne lui laisse pas le temps de se mettre en garde, il est forcé d'écouter, d'encaisser…
Mme Passerot souriait à demi, avec embarras. Elle voyait bien la scène ; ça lui était déjà arrivé de crier à son mari une bonne nouvelle en même temps que le bonsoir habituel : « Suzon a percé une dent, — Suzon tient sur ses jambes, elle a tourné toute seule autour d'une chaise. » Mais ce n'était tout de même pas pareil de le saisir, sans préambule, par l'annonce du danger actuel qui menaçait la chère enfant et par l'avis du moyen de sauvetage obligatoire.
Mme Le Guetteux, elle, souriait malignement :
— Tenez, voici des roses de ma maison de campagne, emportez les, vous les montrerez tout de suite à votre mari, vous les lui ferez admirer en disant qu'elles viennent de chez moi, — vous aurez ainsi le début de votre discours :
— Oui, figure-toi que, cet après midi, je suis entrée chez Mme Le Guetteux…
L'instant d'après, les deux femmes s'adressaient des signes d'intelligence l'une à sa fenêtre du rez-de-chaussée, l'autre dans le cadre de sa fenêtre au premier étage, où elle arrangeait les fleurs dans un vase.
Puis, un geste furtif de Mme Le Guetteux vers le bout de la rue :
— Voici, votre mari… Fourrez lui tout de suite les roses sous le nez.