La maman ne tarda pas à s'inquiéter du dépérissement de Suzon.
Comme son mari ne s'apercevait encore de rien, un jour, pendant qu'il était au bureau, elle laissa Suzon à la maison, (comme une grande fille), — et vint trouver la sage-femme que tout le monde, dans le quartier, avait l'habitude de consulter gratuitement pour la santé des jeunes enfants, sous le prétexte qu'elle les avait mis au monde.
En effet, après quarante ans d'exercice, Mme Le Guetteux avait une expérience infaillible. Elle connaissait bien Suzon, elle l'avait même particulièrement observée, de son cabinet du rez-de-chaussée, où elle recevait présentement Mme Passerot.
— Tenez, madame, d'ici je vois chez vous, comme si j'y étais.
L'état de Suzon ne pouvait être amélioré par aucun régime alimentaire, ou médical. Elle appartenait à un genre d'enfants supérieur, — enfants délicieux par les dons de l'âme, mais singulièrement délicats et fragiles.
Mme Le Guetteux avait déjà vu de ces enfants là mourir de jalousie, ou de chagrin, de maladie noire.
Elle se chargerait volontiers de sauver Suzon en lui annonçant, avec les ressources de son autorité morale, avec la garantie de sa situation commerciale, que les parents avaient enfin commencé à lui donner de l'argent pour l'achat d'un petit frère et en la faisant patienter, par des assurances réitérées, — elle s'en chargerait volontiers, à la condition expresse que ce fût vrai.
Mme Passerot se récria :
— Mais, Madame, mon mari ne veut pas, il ne veut absolument pas…
— Oh! madame, voyons, s'il comprend que la vie de la chère petite Suzon est en danger.