Comment dépeindre la désolation des parents?
Il sembla que Boris serait à peu près incorrigible, pour ce motif péremptoire qu'il ne comprenait pas les exhortations à la tranquillité. On avait beau se mettre puérilement à sa portée pour expliquer qu'ici à Paris, à cause du manque d'espace et de la fragilité des choses et des gens, l'on ne se servait jamais de sa force, — il ne comprenait pas.
L'incompréhension est un mur, une porte close devant quoi échouent les meilleures habiletés.
Boris n'obéissait qu'à son instinct combatif et le moindre geste, fût-il de douceur, excitait cet instinct. Quand on le raisonnait pour qu'il supportât passivement le contact d'autres enfants, c'était comme si on l'eût adjuré de changer de nature.
Quelle désolation pour l'avenir!
M. Danglemond, enrichi par l'industrie, avait rêvé que son fils gagnerait encore un rang dans la société : qu'il serait un artiste.
Et pas du tout : il serait un butor, un inintelligent, un inférieur mental!
Pour M, Danglemond, le signe d'intelligence, le signe de supériorité le premier, le plus haut, c'était : le refus de violence par mots et par actes.
En effet, disait-il, plus les gens sont bêtes, incultes, de race grossière, plus ils se disputent, plus ils se cognent facilement. Voyez les exemples de la rue, — voyez les conducteurs de véhicules se baptiser de tous les synonymes du mot pourriture, — puis « se sauter sur le lard, se crocheter, se jambonner, se mettre une pâtée. »
Au contraire, l'individu répugne à la guerre, à mesure que s'affine la matière humaine, à mesure qu'elle s'imprègne de spiritualité.