La directrice fut attaquée matin et soir.
— Madame y a encore votre satané Boris qui a complètement noirci de coups mon pauvre enfant, au point qu'il ne me reste plus un endroit propre sur sa peau, si je veux le calotter pour mon compte.
— Madame, Boris a si tellement aplati la poitrine de Tonton, qu'il m'empoisonne la chambre avec les noyaux de prunes, il prétend qu'il ne peut plus les avaler.
La directrice finit par attraper à son tour, Mlle Victorine, l'institutrice des grands :
— Boris est votre élève, — à vous de le morigéner. C'est vous qui êtes responsable.
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Mlle Victorine, malgré son âge, la trentaine, n'offrait pas le signalement d'une vieille fille. Au lieu d'être jaune, maigre, revêche, mal ficelée, — elle était de visage coloré, assez grasse, de caractère indulgent et artistement habillée.
Grande, rousse, d'un type indécis où l'on trouvait des lignes sémitiques, sans qu'elle fût juive, — elle n'était pas précisément jolie à cause de ses traits un peu gros, — cependant, si elle n'y avait pas pris garde, elle aurait fait sensation dans n'importe quel milieu.
Sa coquetterie savante était de discrétion et de simplicité : des étoffes peu éclatantes et des coupes qui découvraient et accusaient les formes le moins possible.
Vous devinez : elle obéissait au souci de ne pas trop appeler l'attention sur son épanouissement de femme faite, qui n'était pas légitime chez une fille.