Après le repas et le service de la cour, il faut dégraisser les tables et le parquet. A quatre heures, distribution des paniers, habillage et organisation de la sortie avec les maîtresses. Ensuite, nettoyage minutieux des classes évacuées, et, seulement après le départ du dernier enfant, balayage du préau. (Les enfants que les parents viennent chercher peuvent rester jusqu'à six heures en hiver, jusqu'à sept heures en été). Dans les temps froids, on monte de la cave environ dix seaux de charbon de terre. En somme, la journée est à peu près terminée à sept heures, en hiver, et à huit, en été.
Je m'inclinai en grande satisfaction. Je n'entrevoyais pas plus de treize à quatorze heures de travail quotidien pour mes quatre-vingts francs par mois et je me disais : il n'y a encore rien de tel que l'Administration.
Avant de me congédier, la directrice ajouta rondement, avec un sourire de générosité personnelle :
— Quand deux jours de fête se succèdent, vous employez l'un d'eux, celui que vous voulez, à faire le lessivage général des parquets.
Les impressions de ma première journée furent diverses et fortes.
Un étonnement, dès le début : je n'étais pas seule de service, j'avais une collègue, particulièrement chargée de la cantine et du bureau de la directrice, mais tenue aussi de me seconder : madame Paulin, une femme d'aspect torchon et bienveillant, de type méridional, brune, solide, vive et d'âge indéterminé : j'aurais hésité entre trente et cinquante ans.
M'ayant regardé mettre mon tablier bleu sur ma jupe noire, elle me demanda fort naturellement :
— Vous n'avez pas déjà servi dans une brasserie?