C'est une petite école maternelle de trois classes, parfaitement insuffisante pour le quartier. Mais, que diable! la grandeur d'une école dépend du terrain acquis et non du chiffre de la population.

Une directrice et deux adjointes se partagent un stock d'environ deux cents enfants. La directrice se charge des tout petits, de deux à trois ans ; les deux autres divisions comprennent les moyens, de trois à cinq ans, et les grands, de cinq à sept.

La classe des tout petits et celle des grands sont au rez-de-chaussée, à la suite du préau. Le premier étage est occupé par la classe des moyens et par l'appartement de la directrice.

Dans la cour en rectangle, un marronnier au tronc noir est prisonnier, tout seul, à peu de distance du coin où s'alignent les dix cabines de water-closets. A cet arbre nostalgique, les propriétés mitoyennes ne montrent que leur fond : trois grands murs aveugles, avec des ébrèchements de poutres et de meulières.


Mes fonctions de femme de service ont commencé le 1er octobre. Quelques jours avant, j'étais allée recevoir ma nomination de la directrice. Car c'est la directrice qui nomme ; seulement, (il y a un petit seulement,) sa délégation est soumise à l'agrément du Préfet, et, lorsqu'une place est vacante, la préfecture a soin d'envoyer plusieurs postulantes et de faire savoir que l'une d'elles, expressément désignée, étant particulièrement recommandable et recommandée, « l'administration serait très heureuse » de lui voir accorder la préférence. A part cela, le choix de la directrice est absolument libre.


Ma directrice est une femme de quarante ans, veuve, encore très belle, extrêmement bien parée, avec toutes sortes de recherches pour dissimuler un embonpoint regrettable. J'ai admiré, dans sa réception, une pratique consommée de l'amabilité :

— Aimez-vous les enfants? a-t-elle demandé d'une apostrophe rieuse, en m'analysant d'un regard perplexe ; puis, sans écouter mes protestations de dévouement, elle m'a expliqué allègrement mes fonctions, d'après le Règlement, invoqué comme un avantage, à tout bout de phrase.

La femme de service est priée d'arriver strictement à six heures du matin, pour l'allumage des feux, en hiver, pour l'arrosage de la cour et l'aération des classes en été. A partir de sept heures, en été, et de huit heures, en hiver, elle doit être continuellement à la disposition de la directrice et des adjointes pour tous les soins matériels nécessaires aux enfants et notamment pour la conduite aux cabinets et aux lavabos, à 9 heures, avant l'entrée en classe et à une heure, après le déjeuner. Le matin, pendant la classe, c'est-à-dire de neuf heures et quart à onze heures et demie, elle entretient les feux, prépare les paniers et les tables de réfection, répond à tous les appels, en cas d'accident malpropre, et garde les élèves si la directrice ou une maîtresse a besoin de s'absenter. Ensuite elle habille ceux qui vont prendre leur repas dans la famille, elle sert le déjeuner, sous la surveillance d'une maîtresse et aide les tout petits à manger.