Ce soir, au moment de la sortie de quatre heures, dans le préau, Mme Galant s'est tout à coup faite sévère :
— S'il te plaît, Kliner, j'ai promis avant-hier de te conduire chez le commissaire ; arrive un peu avec moi, mon bonhomme.
J'ai vu la mort passer sur le visage de Kliner ; ses yeux se sont retournés d'ans un horrible strabisme. On ne soupçonne pas la quantité d'épouvante que peut contenir la carcasse d'un enfant de cinq ans.
Évidemment Mme Galant ne calcule pas ses effets : c'est de la chance, quoi!
Mais, assez de couleur sombre, j'avoue qu'il est bon, parfois, de ne pas tenir compte de la situation de chacun ; par exemple, chez nous, on ne constate pas de préférence injuste, pas de traitement selon que les enfants paraissent être de famille plus ou moins aisée (imperfection fréquente des établissements privés, des écoles payantes). La pitié même se manifeste modérément et j'approuve : c'est souvent griffer la misère que de la plaindre, ouvertement.
Certes, la gentillesse de visage et d'allure exerce son attirance, mais je l'affirme, on lâche les cajoleries instinctivement, sans idée de rang. Et, par contre, on surmonte, on déguise la répulsion de la laideur.
Je vois la normalienne mettre une application vraiment généreuse à traiter les affreux — Vidal, Richard — comme les autres, comme s'il n'existait aucune différence entre eux et les plus agréables, ce qui, — vis-à-vis des camarades — est bien plus charitable que de témoigner de la compassion.
— Voyons, quelqu'un de solide pour reporter la pelle à Rose? Mais oui, Vidal.
Je le certifie : le front superbe de Mademoiselle jure à la face du ciel que Vidal le bossu, — crapaud et oiseau mutilé — est aussi solide qu'Adam. Je certifie que Vidal, sa pelle à la main, a conscience d'être pareil à tous. Et il y a ce sublime : personne ne rit! Mademoiselle impose ses propres yeux à toute la classe, Mademoiselle délègue sa propre beauté à Vidal.
A propos de beauté, demandez le grand événement du jour! la grande découverte de ces dames : « Notre délégué se néglige! »