Là-dessus, passée l'heure réglementaire, Tricot restait à m'embarrasser.
Il ne songeait nullement à pleurer : l'impossible tâche de rattacher les ficelles de ses souliers en décomposition l'absorbait complètement. Sans doute pensait-il à la neige fondue, à la boue glaciale dont le quartier ne se nettoie pas depuis un mois.
Tricot est un des plus marmiteux : on dirait que ses vêtements ont séjourné un temps déraisonnable dans la Seine ; il a une face de vieille femme de bureau de bienfaisance, et des vilains cheveux « en tête de loup. »
Alors, je ne sais pourquoi, un irrésistible besoin m'a prise de le tourmenter.
— Ma foi, puisqu'on ne vient pas te chercher, je vais éteindre le gaz et t'enfermer là, seul, toute la nuit.
Sursaut d'épouvante de l'enfant.
Écroulée sur un banc, en face de lui, j'ajoute, la voix dure :
— Tu comprends, ça ne m'amuse pas de poser là pour toi.
Des mains qui se précipitent, battent l'air, implorantes ; un bégaiement :
— Ma… ma… maman va venir tout de suite… attends encore un peu… tiens, écoute, on l'entend qui marche.