— Voyons, tu ne devines pas que je plaisante? Je ne m'en vais pas… tu sais bien qu'il faut encore que je balaie.

Tricot a été un moment avant de se remettre, haletant, regardant le parquet sali. Tout de même, il m'a fait rasseoir et il s'est planté debout contre mes genoux, les mains dessus, pour que je ne me relève pas ; il a essuyé ma joue mouillée avec le coin de son tablier et — tout de même — pour plus de sûreté, il a tenu à me distraire en me racontant « Le petit garçon qui était tombé dans un puits ».

Le gaz fait : chuutt ; là-bas, le lavabo, le calorifère, les patères au mur. Un grand silence ; le mobilier scolaire même semble attentif. Tricot me cajole avec de bons yeux de grand'mère ; il a une gentille petite voix simple. J'écoute, en mordillant mon pouce, les paupières baissées.

« C'était un autre petit garçon qui avait été bien plus méchant que ça encore. Sa maman l'avait envoyé faire une commission et il était tombé dans le puits en se penchant trop pour tâcher de voir des poissons. On lui avait pourtant assez défendu de se pencher là… Au fond du puits, il avait de l'eau jusqu'au menton et il appelait : « Maman! Maman! » parce qu'il avait peur là tout seul.

« Mais sa maman n'entendait pas parce qu'elle était occupée à causer avec la fruitière, puis après avec la mercière, puis après avec l'épicière du coin.

« Heureusement un monsieur passe et il demande :

— « Qu'est-ce qu'il y a pour crier comme ça?

— « C'est moi qu'es dans le puits :

« Alors le monsieur fait descendre le seau et dit : Assieds-toi dedans. Il tire sur la corde et il remonte le seau qui n'était pas rempli qu'avec de l'eau, puisque le petit garçon était dedans.

« Et le petit garçon sort du seau et il se secoue comme un chien baigné, en envoyant des gouttes tout autour.