Irma, contrariée, mais n'y pouvant rien : Oui, c'est le monde renversé!
Léon Chéron ne bavarde pas ; il court de ci, de là, ramasser les pailles qui roulent.
Moi : Les jours allongent, on peut jouer le soir dans la rue ; avez-vous recommencé le traîneau?
Richard. — Le traîneau de Kliner est cassé, y a une roulette qu'est tombée dans l'égout, faudrait la remplacer par une roulette de lit. J'ai essayé d'en enlever une au lit à maman, j'ai pas pu… Mais, de ce moment c'est la guerre entre les Plâtriers et les Panoyaux, parce que les ceusses de l'école des Panoyaux ont chiné nos croix qui sont pas si belles qu'à eux… Dimanche, on les attend su'le tas d'sable du boulevard…
Aujourd'hui, avant le déjeuner, j'ai regardé dans le panier de Gabrielle Fumet. Il ne contenait rien, — selon l'habitude. Quelques autres paniers se promènent ainsi, toujours vides. J'ai interrogé là-dessus, d'un air détaché, aimable, la Souris qui est à la tête d'un groupe auquel se rattache Gabrielle Fumet. J'ai appris, — d'un regard large, ironique à peine, qui a mesuré ma triste ignorance et qui lui a pardonné, — j'ai appris que l'on apporte son panier vide par convenance, par respect humain, pour ne pas choquer le monde. On ne montre pas son derrière dans la rue, ni dans l'école, n'est-ce pas? Eh bien, on ne montre pas non plus sa débine.
Sur la question du pain, les enfants sont d'une sévérité tragique, il ne faut pas badiner avec cela.
Je me rappelle que la normalienne s'est fait « moucher » une fois ; elle n'y reviendra plus.
Elle surveillait le déjeuner.
Léonie Gras, à un bout de table, mangeait sans pain.
Mademoiselle, très affable, mais en même temps très déesse, demanda d'un ton trop négligent :