Jean Mircœur, trois ans, a quitté sa place et, les deux poings aux hanches, est venu se planter devant le bureau de la directrice :

— Dis donc, est-ce que je suis un homme?

— Pour sûr.

— Eh bien alors, papa m'achètera une tablette à quatre heures?

— Certainement.

— Tu l'as vu! Il te l'a dit?

— Oui, oui… va à ta place.

— Alors, ma vieille, y a du bon.

Au bout d'une semaine, finis la spontanéité, le bavardage confiant, finie la nature! Le petit enfant rieur et ingénu, le sans-souci du premier jour n'existe plus : « On ne dit pas ce qu'on sait, — on ne bouge pas à volonté. — Regarde, mais tais-toi et reste là. » Un vrai dressage de chiens savants, ces pauvres petits, comiques et piteux, qui s'oublient à chaque instant et doivent ravaler leur langue, rentrer leurs gestes. Et ne sommes-nous pas à plaindre de fermer ainsi l'âme même de l'enfant, au lieu de l'explorer au plus large, selon l'idéal!