Je suis allée à l'école de la rue des Druses porter des états d'appointements. Mme Paulin a couru après moi :
— Regardez bien la directrice et la femme de service, je vous dirai quelque chose à votre retour.
Ce quelque chose le voici :
Mlle Doucet, directrice d'école maternelle, emploie sa mère comme femme de service et la convenance professionnelle veut que l'on ignore cette parenté.
Impossible de dire qui est le plus « transformé » : la mère, femme de service, baissant le dos, appelant humblement sa fille « Mademoiselle », ou bien la fille, directrice, appelant sèchement sa mère « Mélanie », et lui commandant rigidement les besognes malpropres.
En conscience, suis-je pas fondée à ressasser mon petit couplet critiqueur? Ce que le grade vous donne de « l'estomac! » Ce que la subalternisation vous déprime!… Et ce sont des personnes à grades si durement tranchés, qui doivent inculquer aux enfants les sentiments bons, justes, conformes à la nature, qui doivent développer les qualités de simplicité, de spontanéité!…
Mme Paulin élève aussi des protestations :
— Mlle Doucet ne se conduit pas dignement. Quand on pense qu'il y a des directrices si gentilles, qui vous font plutôt plaisir en vous commandant! Ainsi, Mme C…, son père est mort ; eh bien, elle est tellement occupée par son école, qu'elle envoie aimablement une adjointe sur la tombe, à sa place, les jours d'anniversaire ; l'adjointe est flattée, pas vrai?… la tombe du père de Madame!… elle y va comme pour son compte. Voilà au moins de beaux sentiments, chez l'une comme chez l'autre!
Ce soir ma concierge m'a remis une nouvelle missive de mon oncle, toujours dans le style bourru et laconique.