— Parbleu, c'est les deux Pantins, m'a dit Madame Paulin ; ils s'appellent Pantois, mais on les surnomme Pantins, parce que l'été, vous verrez, ils sont tout raides, tout mal articulés. Ah! les deux petits bougres, ils sentent venir l'été!… Figurez-vous qu'ils sont quatre enfants, il y en a un plus grand et un plus petit que les deux d'ici, avec le père et la mère, ça fait six personnes : ils habitent une chambre au sixième étage, si bien exposée qu'en été il est absolument impossible de dormir dans cette étuve, ah mais, une fournaise à se sauver… Alors, on accroche tous les meubles au mur et au plafond, — c'est drôle les chaises et la table au plafond? — l'on passe le chiffon mouillé par terre, et on se couche à même, avec une simple chemise, sur le carrelage nu, c'est le seul moyen d'arriver à dormir un peu… seulement, je vous le dis, ces deux gosses ont une drôle de touche, l'été, ils sont comme en bois… Comprenez-vous, ils ont vu le soleil aujourd'hui… ils ont étouffé, ils ont cherché de l'air… Ah! les deux petits bougres!

A la sortie de quatre heures, le châtiment continue : les deux Pantins sont dans le préau, assis à part, tels des pestiférés, contre le mur, entre les deux portes de classes. La punition réussit, car, serrés l'un contre l'autre, ils pleurent interminablement, affaissés comme des loques.

Au milieu du préau, la directrice, Madame Galant, la normalienne délibèrent : les deux Pantins s'en vont seuls d'habitude, faut-il les faire accompagner, ou bien faut-il envoyer chercher la mère? Ces dames sont là, plantées, noires, pleines de pédagogie et de conviction, décidées à opérer le sauvetage, la guérison morale des deux vagabonds, à tout prix ; leurs yeux planent, leurs fronts se chargent de nuages, elles semblent consulter le bâtiment scolaire, les lignes droites, les angles rigides, la peinture marron et cette atmosphère de Règlement inhérente aux locaux.

Madame Galant qui n'est pas de service conduira les deux-Pantins à leur porte, et demain, on enverra une lettre aux parents : une sévère correction s'impose.

— Et puis, a demandé la directrice, n'avez-vous pas, dans votre livre de morale, quelques histoires qui s'appliquent à leur cas?

— Nous en avons certainement, a dit la normalienne.

— Il y en a qui s'appliquent tout à fait! a prononcé avec force Madame Galant, et, fanatique, implacablement dévouée à la pédagogie, elle a emmené les deux Pantins. Ils sont venus à elle : deux pauvres dos étriqués, rétrécis, de guingois, deux fronts piteux, à demi levés pour implorer une entente miséricordieuse, — mais Madame Galant pensait trop haut, à ce moment-là, elle n'a rien vu.


L'obscure incitation du printemps chez les enfants, l'obscur désir d'évasion, de nouveau et par conséquent de beau, porte à réfléchir au besoin d'art chez le peuple.

Il s'avère que, chez le peuple, les louables souhaits « d'en dehors » tournent mal, par fatalité : la poétique, saine, nécessaire influence du printemps tourne à la flânerie affameuse ; l'aspiration magnifique sert à renforcer les préjugés, la servitude, la misère.